FEUILLETS D'USINE

d’après À la ligne. Feuillets d’usine
de Joseph Ponthus © Editions Gallimard
jeu Fanny Gosset et Clément Soyeux
mise en scène Pascal Omhovère et Jenny Delécolle
constructions Jean-Claude Joulian 

première le samedi 22 juin 2024 à 21h au cinéma Laetitia d'Ajaccio
puis reprise le dimanche 23 juin à 19h à SCOPA
et le mercredi 26 juin à 19h au centre culturel UNA VOLTA à BAstia

Joseph Ponthus.                  
De formation intellectuelle, travailleur social, éducateur de rue, Joseph Ponthus rejoint son épouse en Bretagne où le seul travail qu’il trouve, en intérim, est à l’usine : d’abord des usines de préparations de poissons, fruits de mer, puis à l’abattoir.
Il opère ce travail dur avec panache deux ans durant, écrivant ce qu’il vit, écrivant le quotidien de l’usine et sa manière à lui d’habiter ces lieux. Les injustices. Les révoltes. Les blagues. L’humour. Les chansons pour tenir. Les lieux d’une ruse…
Peu après la quarantaine, Joseph Ponthus meurt d’un cancer.

À la ligne, le texte de Joseph Ponthus.
Son témoignage, publié à La Table Ronde, connaît un succès dès sa sortie en librairie. Il obtient de nombreux prix et est rapidement réédité.
Joseph Ponthus rend la poésie accessible à tous. 
Mais est-ce de la poésie ? Oui si, comme le disait Mallarmé, dès qu’il y a effort de style il y a poésie. Or dans le texte de Ponthus, il y a effort de style. 
Ses versets, sans aucune ponctuation, s’arrêtent librement, pour emmener toujours le lecteur à la ligne. 
Cette façon d’écrire, nous dit Ponthus, se calque au rythme de celui de la chaîne. Ici, pas question de faire de longues phrases comme Proust : c’est un peu comme si on avait pas même le temps de la ponctuer, la phrase. 
Ce souffle, ce rythme donné, il ne faut pas le perdre. 

Intention d’écriture pour notre adaptation.

Le livre est composé de 66 chapitres ou chants. Comme un recueil de réflexions successives. 

Avec cette forme poétique et ce vers libre on pense immédiatement à Apollinaire, grande référence de Joseph Ponthus. 

Mais Ponthus n’est pas Apollinaire, son langage, donne l’impression d’être posé sur le papier comme il vient, il est d’ailleurs parfois très cru. 

Chaque chant est distinct, indépendant des autres, à la fois ouvert, communiquant avec les autres chants et clos sur lui-même. Chaque chant est un monde en soi et traite de l’usine ou de la vie selon un angle différent.  

Pour notre adaptation et en vue d’un spectacle vif et court, l’idée était de prélever du texte original un peu moins que le tiers des chants. Ainsi, dans notre choix d’aborder certains des derniers chants nous nous sommes concentrés sur la seconde partie du livre, peut-être la plus intense, celle qui se passe à l’abattoir.

Dix-huit chants donc, entrecoupés souvent de musiques : parce que la musique est essentielle pour Joseph Ponthus et qu’elle l’accompagne en permanence, l’aidant à supporter ce travail à la chaîne.

Dramaturgie.

Pour incarner, interpréter Ponthus, un couple en scène. 

Un homme, une femme. 

Parfois chorégraphiquement à l’unisson dans des séquences ayant des allures de comédie musicale, parfois se surprenant l’un l’autre, comme Joseph Ponthus pouvait se surprendre lui-même.

Il est évident que l’amour que Ponthus porte à son épouse fera parfois planer une ambiguïté sur la nature de la présence de l’actrice en scène.

Mais l’idée simple de faire jouer Ponthus par un homme et une femme nous a semblé la meilleure alternative de jeu, commandée par cette écriture en versets libres qui semblent secrètement appeler une symétrie dans l’interprétation.

Notre idée est de porter ce texte haut. 

Avec joie, classe et dignité.

Scénographie.

Et si, sur scène, un mystérieux fauteuil en bois ressemblant d’entrée de jeu à un instrument de torture parait imposer sa présence au centre du plateau, deux tables symétriques à cour et à jardin, sont parées d’accessoires rassurants : livres, whisky, disques, platine-disque…

Tout est en bois. Les tabourets, les tables, les planches en attente d’inscriptions, les lampes, le fauteuil bien sûr, même les livres…

Et même aussi cette mystérieuse première grande planche ou croix avec laquelle l’homme entre en scène au premier chant.

Le bois brut, cela parle immédiatement du travail, avec évidence. 

Alors sur scène il y a tout ce bois, clair, et aussi le noir du matériel sonore : deux micros attendent les comédiens, deux enceintes se tiennent prêtes à diffuser quelque chose de beau.    

Mise en scène.

Dans un engagement physique sans relâche, l’homme et la femme vont parler, vivre, revivre, mais surtout délivrer, au micro, sans le micro, le vécu de l’usine, de la psychanalyse, de l’épreuve permanente. Ils vont danser, souvent, très souvent, comme peut-être pour se sortir l’usine de la tête, ils vont arpenter la singularité de chaque chant, souvent dans cette adresse directe au public qui est celle de Ponthus…

Au bout d’une heure dix menée tambour battant, sans doute épuisés, ils reprendront ce livre dans lequel les semaines précédentes ils auront appris le texte par cœur, et liront, se liront peut-être l’un à l’autre, ou au public encore, le dernier chant, dernier clin d’œil, dernier écrit public de Joseph Ponthus…