AU JOUR LE JOUR

Après quatre années passées les jeudis matins à sillonner les rues d’Ajaccio dans le cadre des ateliers de poésie citoyenne Au jour le jour, restitution courant 2022 sur les places et placettes d’Ajaccio des paroles récoltées dans la cité …

qu’est-ce qui vous met en colère ?

 

les gens qui parlent trop

 

tout ce qui se passe en ce moment, le covid, le masque, on sait pas ce qui se passe ; ça devient compliqué de travailler, je suis une nana plutôt tranquille, je ne me met pas souvent en colère

 

l’injustice

c’est tout ?

 

c’est déjà pas mal, l’injustice, y a de quoi faire

se moquer de moi, comment vous expliquer, prendre les gens pour des cons

le nettoyage, on nettoie pas assez     

 

l’histoire des pigeons, celle du premier étage, tous les jours ils leurs jettent à manger, c’est l’horreur 

 

comme nicole ; il est rentré chez moi ; il a fait caca sur le lit

 

mais c’était pas un gecko ?

non !... moi ce qui me met en colère, si vous passez vers 7, 8h, l’usine    

une colère ? malheureusement l’irrespect et la saleté des gens !

une colère, là où j’habite, c’est mon voisin qui ronfle 

 

les voisins, ah ouais, les crottes

 

et qu’est-ce qui vous met en joie, là où vous habitez ?

 

je suis contente d’habiter ici, il va être merveilleux notre immeuble, on va refaire les façades ; ça fait 46 ans que je vis ici, pas partir ! pas du tout, on a tout, il y a pharmacie, coiffeur, boulanger, médecin à portée de main ; là-bas, (geste vers le centre ville) ça ne m’intéresse pas… mes enfants se sont mariés 

quelle joie, le soleil ! car on l’a pratiquement tous les jours… 

il y a une vieille, c’est ma voisine, je lui donne des gâteaux ; elle est seule, on discute, je suis content quand je suis avec elle, j’ai perdu mes grands-parents

 

la proximité de tout : le côté sécurisant de connaître les gens du quartier ; la communauté

poème de la rocade !

toi, t’as envie de marcher avec des voitures à moitié vides tout autour de toi ? t’as pas envie de grands trottoirs ombragés ? d’arbres et de feuilles, t’as pas envie, dis-toi, l’été, d’un trottoir plus large qu’un haricot de rien du tout ? t’as pas, dis t’a pas envie, non ? c’est pas grand-chose ! t’as pas envie de pistes cyclables où ça roule ? de vélos avec de vraies pistes qui roulent ! des vélos, des bicyclettes et des sourires qui roulent ? t’as pas envie de bus toi aussi, des bus gratuits où tu t’assois parfois ? des bus où d’ailleurs c’est toi qui bouges pas et où c’est le bus gratuit qu’avance ? dis, t’as pas envie de bus mobiles ? t’as pas envie de bus pas immobilisés dans les ronds-points ? dis, tu crois point que ça existe une vie sans ronds points ? tu crois point que plus y aura de voies plus y aura de bagnoles et de ronds points et d’embouteillages ? en plus, tu crois pas qu’une voie royale pour un bus gratuit ou un tram gratuit ce serait pas un drame ? tu crois pas que pouvoir circuler à pied en vélo en bus ou en tram sur cette rocade c’est-à-dire avec un peu moins de voitures de bagnoles de 4,4 de 8,8 et de 64, 64 gros de gros, ben ça ferait du respect en rab pour les horaires de bus ? tu crois pas qu’un peu de fiabilité au niveau des horaires redonnerait confiance dans les transports en commun gratuits ? ah là là, me dis-tu… mais moi : à qui le dis-tu ? une voie royale, centrale, une voie réservée aux bus gratuits : et alors toi, tu le prends le bus ? non, tu le prends toujours pas le bus ? mais prends-le ! prends-le le bus ! le bus ! le bus, le bus, le bus !